Rapport RICS sur l’intelligence artificielle dans le secteur de la construction – 2025

Quel est l’état actuel de l’adoption de l’intelligence artificielle (IA) dans le secteur de la construction et à quelle vitesse cette dynamique devrait-elle évoluer ?

S’appuyant sur les réponses de plus de 2 200 professionnels à travers le monde, ce rapport analyse les perceptions actuelles liées à l’utilisation de l’IA dans le secteur de la construction et formule des recommandations pour accélérer les progrès et garantir une intégration responsable.

Il présente les résultats d’un sous-ensemble inédit de six questions issues de l’enquête Global Construction Monitor (GCM) du premier trimestre 2025.

« Ce rapport, particulièrement pertinent, offre une vision globale de la manière dont les professionnels de l’environnement bâti et naturel perçoivent l’IA dans la construction : où ils identifient un potentiel significatif, ce qui les freine et leur niveau de préparation. Ces informations fondées sur le ressenti nous permettent d’aller au-delà du discours médiatique et de nous concentrer sur l’essentiel : garantir une utilisation de l’IA qui soutienne des pratiques sûres et dignes de confiance, crée de la valeur réelle et serve l’intérêt général. »

Maureen Ehrenberg FRICS CRE
Présidente élue par intérim, RICS

Anil Sawhney FRICS & Katherine Pitman


1. Introduction

L’IA se définit comme « des systèmes numériques capables d’exécuter des tâches nécessitant une intelligence de type humaine, telles que l’apprentissage, le raisonnement et l’inférence ». Le domaine a connu des avancées rapides au cours des dernières années.

Bien que des systèmes numériques intelligents (comme la vision par ordinateur) soient utilisés dans la construction depuis plusieurs décennies, les progrès récents en matière d’architectures d’apprentissage profond et l’arrivée d’outils génératifs en ligne accessibles ont propulsé l’IA au premier plan pour traiter certains des défis les plus complexes du secteur.

En tant que technologie en évolution rapide, l’IA pourrait transformer le secteur, tout en générant des risques et des opportunités. Les dirigeants du secteur s’interrogent notamment sur son impact sur les compétences professionnelles, la productivité, la sécurité de l’emploi, la santé et la sécurité, la sûreté et la durabilité.


2. Enquête et réponses

Pour évaluer l’état actuel de l’adoption de l’IA et la préparation de l’industrie, les professionnels ayant répondu à l’enquête GCM Q1 2025 ont partagé leur expérience sur six thématiques :

  • niveau actuel d’adoption de l’IA dans les projets

  • niveau de préparation de leur organisation

  • domaines où l’IA pourrait améliorer leurs projets

  • principaux obstacles à l’adoption

  • domaines d’impact potentiel dans les cinq prochaines années

  • plans d’investissement en IA sur 12 mois

Plus de 2 200 réponses ont été recueillies : 48 % du Royaume-Uni, 19 % d’Asie-Pacifique, 14 % du Moyen-Orient et Afrique, 10 % des Amériques et 8 % d’Europe.

Les résultats d’une seconde enquête (RICS Q2 2025 sur les compétences) sont également intégrés.

Toutes les questions ont été conçues pour minimiser les biais de perception. Les données ont été analysées via un outil tableur.

 

Figure 6: Organisation investment plans for AI in the next 12 months

3. Conclusions

3.1 Adoption mondiale de l’IA : très limitée

En 2025, l’IA est devenue la technologie de construction la plus susceptible de recevoir davantage d’investissements (56 %). Pourtant, les niveaux d’adoption restent faibles:

Figure 1: Levels of AI adoption in construction projects globally
  • 45 % déclarent n’aucune mise en œuvre

  • 34 % sont en phase pilote

  • Moins de 12 % utilisent régulièrement l’IA dans certains processus

  • 1,5 % l’utilisent sur plusieurs processus

  • Moins de 1 % l’ont déployée à l’échelle organisationnelle

Ce faible déploiement reflète un manque de compétences, des défis d’intégration, l’insuffisance des données disponibles et des coûts élevés.

3.2 Préparation organisationnelle : faible dans l’ensemble

Près de 75 % des entreprises n’ont ni stratégie, ni capacités claires concernant l’IA.
Seuls 20 % travaillent sur une planification stratégique ou des tests de concept, et moins de 5 % ont des budgets approuvés ou un plan d’implémentation.

3.3 Domaines où l’IA pourrait créer le plus de valeur

Les professionnels estiment que l’IA pourrait améliorer significativement :

  • le suivi d’avancement et la planification (36 %)

  • l’optimisation des ressources (30 %)

  • l’analyse documentaire et contractuelle (30 %)

  • la gestion des risques (29 %)

La sécurité (21 %) et la durabilité (21 %) apparaissent comme les domaines les moins bien anticipés, malgré leur importance stratégique.

3.4 Principaux obstacles à l’adoption

Les trois obstacles les plus cités sont :

  • manque de personnel qualifié (46 %)

  • intégration difficile avec les systèmes existants (37 %)

  • qualité et disponibilité des données (30 %)

Les coûts élevés, l’incertitude sur le retour sur investissement, le manque de normes ou de lignes directrices apparaissent également comme des freins majeurs.

3.5 Impact attendu de l’IA dans les cinq prochaines années

Les professionnels anticipent l’impact le plus important dans :

  • l’optimisation des options de conception (40 %)

  • la formation des compétences (13 %)

  • la conformité réglementaire (11 %)

  • la robotique autonome (10 %)

  • les jumeaux numériques prédictifs (10 %)

Les domaines liés à la sécurité et au bas carbone restent sous-estimés.

3.6 Absence de consensus sur les investissements

Les intentions d’investissement sont fragmentées :

  • 28 % n’ont aucun plan d’investissement

  • 25 % prévoient une augmentation modérée

  • 22 % ne savent pas

  • 19 % prévoient un maintien

  • 6 % prévoient une augmentation significative

Cette incertitude reflète l’immaturité globale du secteur.

3.7 Optimisme, mais inquiétudes sur les compétences

Selon l’enquête RICS Q2 2025 :

  • 69 % des chefs de projet et 67 % des économistes de la construction estiment que l’IA augmentera la valeur de leur travail

  • mais 44 % des PM et 38 % des QS s’inquiètent de son impact sur leur rôle

  • 48 % et 41 % se sentent dépassés par la vitesse du changement technologique


4. Analyse transversale

Deux tendances clés émergent :

  1. Les intentions d’investissement dépassent le niveau d’adoption actuel
    → L’industrie souhaite avancer, mais les capacités restent insuffisantes.

  2. Les entreprises prévoient d’investir malgré un manque de compétences
    → Une pénurie de talents pourrait devenir un frein majeur.

L’industrie approche d’un point d’inflexion : avec davantage de préparation, près de la moitié des organisations pourraient intégrer l’IA dans les 24 prochains mois.


5. Recommandations

Pour accélérer une adoption responsable, un cadre d’action coordonné est nécessaire :

Court terme (2025–2026)

  • montée en compétences

  • amélioration et gouvernance des données

  • pilotage de cas d’usage

  • développement de politiques éthiques

Moyen terme (2027–2028)

  • intégration à l’échelle opérationnelle

  • alignement des investissements

  • audits et supervision

  • partage de retours d’expérience

Long terme (2029 et au-delà)

  • déploiement à grande échelle

  • contribution aux cadres normatifs sectoriels

  • échanges internationaux

  • démonstration d’impacts sociaux et environnementaux

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